De l'inconvénient de parler politique avec un politicien...
Croisé par hasard M. Barnier, ministre des Affaires étrangères et pelliculaires, place de la sorbonne ce lundi neuf mai. Nonobstant l'immense satisfaction personnelle de serrer la main à une personnalité, je suis plutôt déçu. "On ne vend pas des livres comme des bagnoles" assène-t-il, le poing, revendicatif, serré et brandi à la face des puissants. Merci, M. Barnier, de cet admirable plagiat des slogans communico-interne de la FNAC. Merci M. Barnier, qui n'en connait pas davantage les publicités agressives des automobiles Renault, "créateur de voitures", auxquelles je fis allusion en un fulgurant éclair de répartie. Merci M. Barnier. Il faut voter oui pour faire évoluer l'Europe. Merci M. Barnier.
Merci M. Cohn Bendit, pendant qu'on y est, de brandir haut et fort le drapeau européen, flottant dans l'air aseptisé du haut de la Sorbonne. C'est moins glamour que le drapeau maoïste mais ça fait son petit effet. Merci M. Cohn.
Merci Anti, finlandais émérite de Nice People, d'agir si brillamment sur nos consciences coopératives. Merci les uns les autres de fournir boissons alcoolisées, drapeaux en papier, chips, chorizo, tracts et fac-similés. Merci. Je suis convaincu.
Chante la vie, chante le oui (copyright Z-man). Le 29 mai, je saurais quoi glisser dans l'urne.
Mais, pour le moment, pour l'amour de l'Europe, laissez-moi cuver votre vin chilien.
2005/05/10
2005/05/06
La vieille distinction aristotélicienne entre l'homme et la bête a, ces temps-ci, une sacrée tendance à prendre du plomb dans l'aile, et certaines personnes ne rechignent pas au gros calibre. Le maître-mot en la matière qui, des jardins de l'Académie à la Constitution de la cinquième République, passait pour un fait acquis a viré au néologisme abscons : l'homme est un animal deconstructif. L'évolution a de quoi dérider les plus pessimistes d'entre nous. Nous voterons non au référendum du 29 mai, moins par conscience politique que par réaction chimique - ou naturelle.
Un petit panorama de l'Histoire nous encourage à réviser dans ce sens le vieux postulat : ce qui distingue l'homme de l'animal s'avère bel et bien la fascination de l'éphémère comme préalable à l'accélération conscieuse de l'échéance. En sont témoins les innombrables tentatives masochistes de digestion de fruit défendu (qui, de fait, détruit tout accès à l'Eden et, plus loin encore, efface sa possibilité), de progrès technique (qui ne cesse de tordre le cou successivement à tous les progrès antérieurs), d'élaboration de systèmes utopiques, etc, etc... L'Histoire est une dialectique barbare, vaste succession d'antithèses vindicatives sans synthèse finale, si ce n'est atomique mais nul n'est prophète en son pays.
Il n'y a pas d'animal infra-lunaire qui mette le même soin que l'homme a démonter son écosystème, a limiter de jour en jour plus systématiquement ses potentialités de survie. Darwiniquement, l'homme est un cancre.
Ce genre de réflexions, qui n'ont rien de révolutionnaires évidemment -mais je n'aspire guère à la nouveauté tant il est vrai que c'est dans les vieux pots -, prennent naissance dans mon cerveau fatigué à la suite d'un épuisant week-end charentais qui a vu, sur une échelle réduite, en une sorte de microcosme révélateur, se confirmer les assertions sus-asserties. Sur vingt-et-une personnes au bord d'une piscine, quinze, au moins, qui n'ont pas, est-il besoin de le préciser, l'épiderme sur-résistant du lézard commun, risquent le cancer de la peau pour d'infimes raisons esthétisantes, dix, au moins, encombrent leurs poumons d'imposantes nuées goudronneuses avec une régularité de moteur à explosion, deux, au moins, cassent une porte-fenêtre, vingt, au moins, mettent leur gosier au service intensif de boissons alcoolisées aussi nuisibles à leur foie quà leur conversation...
La démonstration ne souffre pas de contestation. Au vu de mes artères, j'ose affirmer : Aristote avait tort. Et ce n'est qu'un début. Louis, la prochaine fois que tu organises un week-end de cette qualité, je m'engage à rejeter point par point les arguments cartésiens selon lesquels le bon sens est une qualité universelle. Il n'est pas dit que l'alcoolémie exclue la philosophie.
2005/04/08
Marre des morts inattendues, des nécros pré-mâchées, des mariages reportés ? L’impression qu’on nous tartine les yeux et les oreilles de mélasse pipole sucrée-salée ? Moi je dis : un type qui se marie avec Dieu ou Grace Kelly ne peut être foncièrement mauvais, n’en déplaise au continent africain ou au juge Halphen. Quant à celui qui se tape la vieille Camilla (qui a dit que Boris Karloff n’a pas eu d’héritier ?), vous me permettrez d’observer un silence contrit, vu que je connais un peu la famille et que je compte passer des vacances convenables. Cela devrait suffire à clore le sujet. Des choses bien plus atroces se déroulent en ce moment même aux quatre coins du globe (qui a dit : un globe n’a pas de coins, eh patate ?), des choses abominables, des choses graves, qu’on nous cache.
Je veux parler, bien entendu, de la grogne des lycéens. Enfin, je dis des lycéens comme je pourrais dire des moyennes maternelles. Oui, définitivement, je dirais des moyennes maternelles. Ils ne mettraient pas moins d’énergie à réclamer de la compote de pommes à la cantine. Et Dieu sait si c’est une chose grave, la compote de pommes.
Voilà donc que, tous les jeudis approximativement, ces lycéens (op. cit.) envahissent les alentours de la Sorbonne, entraînant dans leur sillon un déferlement de violences sans précédent, de cascades d’injures, de revendications au mégaphone. On croyait la culture de la contestation agonisante, la place de la Nation désertée par les hordes des sans-culottes, que nenni ! Que craignait-on ? La relève est assurée.
Ah, le fier esprit français, la haine de l’ordre moral ! Qu’on nous enlève nos boulots, qu’on nous réduise nos congés, qu’on nous saigne aux quatre vents, qu’on nous prive de dessert et de télé après vingt-trois heures trente, rienàfoutre ! Ils n’auront pas ça.
Faute de pavés, une vingtaine de Figaro roulés en boule (mais que dirait le Général ?) et deux-trois bouteilles vides de Coca-Light Lemon fendent l’air. Faute de drapeau maoïste, les couleurs de Récré A2 claquent dans les alizés, place de la Sorbonne. Faute de manifestants, vingt-trois organisateurs se disent que bon, il est dix-neuf heures trente, il serait temps de rentrer chez papa-maman si jamais on passe au jité.
Un lycéen d’Henri IV (soit dit en passant un véritable vivier de contestataires acharnés, de dangereux anarchistes prêts à tout), hier à la radio : « il faut délocaliser le mouvement (il parle déjà comme papa, le brave garçon), le quartier latin c’est du déjà vu, toujours pareil depuis mai 68, il faut investir les quartiers défavorisés par la manifestation ». Je le vois d’ici avec ses deux banderoles, ses deux sparko, ses deux poils de barbe mettre le feu porte de Bagnolet, porte de la Villette, à Trappes. « Rendez-nous le bachot ! Vive la Révolution ! Aux chiottes Fillon ! Castro au pouvoir ! ». Et Mouloud, 23 ans, de répliquer : « Dégage, gamin, je révise mon brevet des collèges. »
Non, vraiment, on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans d’état civil, deux ans d’âge mental, la voix qui mue, et le slip qui mouille dès qu’un CRS fait deux pas hors de son camion. Et franchement, ils me font de la peine, ces pauvres flics, à jouer les baby-sitters par plus vingt degrés en costume de Robocop. Ils l’ont pas, eux, leur bachot. Et est-ce qu’ils en font tout un baby-bell ? Ben non.
Ils tentent bien de faire le spectacle, de faire les gros yeux, de rouler des mécaniques, mais, eh !, ça suffit pas. Ça reste statique, verbeux, scénographiquement à chier, politiquement inexistant. On rentre chez soi dépité, et l’on imagine aisément le pauvre CRS en faire de même, le soir, dans son deux-pièces à Pougues-les-eaux : « Ils me dépriment, ces gamins, Marie-Paule… ». Qu’on ne s’interroge plus sur le nombre déclinant des vocations policières. On a la répression qu’on mérite.Et le plus lamentable, dans cette affaire, ça n’est pas tant le pathétique de la chose qu’un certain effet secondaire sur les transports en commun. Attendre vingt minutes son omnibus pour deux-cents pré-pubères en mal de Biactol et de démocratie qui ont les pelouses du Luxembourg à deux pas, c’est cher payé la contestation sociale. Jeunes gens, moi aussi j’ai eu quinze ans, des boutons pleins la gueule et l’envie de changer le monde, mais bon, je restais chez moi, me branlais dans les chiottes et changeais de mur les posters de ma chambre. Je ne m’en porte pas plus mal. Suivez mon conseil. Dieu, la RATP et leurs usagers respectifs vous le rendront.
2005/03/14
Dieu de dieu, je suis épaté. Je croyais avoir tout lu en matière de poésie pré-pubère mal dans ses vers, après le mémorable recueil de Sarah P. (laquelle Sarah P., soit dit en passant, détient à cette heure le record du monde de tentatives de suicide, si bien que je me demande encore pourquoi ses poignets ne se sont pas désolidarisés, de lassitude), et celui, plus récent, de notre co-Khâgneux Henri D. (lequel Henri D. est parvenu, je l'espère pour son style, à trouver sa muse dans le "désert aride, froid et blanc de (sa) solitude glacée"), mais non, l'horreur me guettait au coin de la virgule, me réservant, à vingt ans passés, l'immense surprise orphique de lire la merde ciselée du fameux Raphaël, dit Ferdinand (un nom de plume pour le moins bouleversant d'originalité), croisé pas plus tard qu'il y a deux semaines au café Chéri(e) de Belleville.
Ce garçon, au demeurant fort sympatique (j'imagine que ses trois bières et deux paquets de cigarettes taxés par moi ce fameux soir ne sont pas pour rien dans le choix du qualificatif), m'avait tout l'air d'un type bien sous tout rapport (de police compris), mais à la lecture de sa prose, posée comme un étron sur un site internet dont je tairais le nom, je ne peux que revenir sur mon impression première. Ce mec se prend pour qui ?
N'y voyez pas malice. Je n'ai rien à voir là-dedans. Mon irrésistible jalousie n'entache en rien mon honnêteté intellectuelle, que chacun sait immaculée d'ailleurs. Je ne prétends pas écrire mieux que ce monsieur. Mais je ne prétends pas non plus écrire de la "poésie". Je m'en garderais bien. L'humilité du genre dans lequel je m'inscris (le roman, de "genre" justement) contre-balance, grâce à dieu, ma mégalomanie. Si je m'y essayais, dieu (le même, ou un autre) seul sait ce que je pourrais accoucher de monstrueusement ampoulé et merdiquement sentimental. J'ai l'humilité de ma prudence.
Mais ce monsieur, contre lequel je n'ai rien à dire par ailleurs, ne semble pas avoir saisi toute la difficulté de la chose. Il m'arrive (c'est un euphémisme) de douter de la qualité de ce que je fais, pire de détester certains passages, d'en mépriser d'autres. A aucun moment, quand j'écris ou me relis, je ne suis sûr de moi. Ce monsieur, en revanche, a la témérité de sa certitude. Il plonge dans le ridicule avec un aplomb de général d'infanterie.
Il n'y a pas si longtemps, j'ai noté quelques lignes sur le problème plus général que cet exemple précis de mirliton grotesque illustre brillamment. Je m'auto-cite, vous m'excuserez. A propos d'une mère quelconque :
"Il faut la voir ramener chez elle ses caisses de feutres-marqueurs, de cahiers-classeurs, d’agrafeuses réversibles, d’effaceurs universels, dont les deux monstres ignares qui lui servent de progéniture s’emparent sans tarder afin de satisfaire comme il se doit à leurs besoins d’expression plastique sur matière textile inestimable. Et malgré les notes de pressing, leur inconsciente figure d’autorité maternelle ne déroge pas à la règle consistant à s’extasier devant tant de spontanéité et d’innocence dans cet art primitif dénué de tous ces pré-jugés culturels décadents que sont le Beau, la perspective ou les proportions. Voilà comment de toute une génération d’enfants-rois, une nation, naguère brillante, peut accoucher d’un raz-de-marée d’inadaptés sociaux sous l’allocation chômage de chacun desquels sommeille la certitude d’être un artiste."
Je ne me revendique pas sociologue, bien entendu, mais je connais suffisamment la génération d'inadaptés sus-nommée (pire, j'en suis) pour en conclure qu'on n'est pas dans la merde. Si tout le monde se mettait à "faire de l'art", ce que plus ou moins tout le monde projette d'ailleurs, c'est mathématique, plus personne ne construirait de voitures, ne confectionnerait de vêtements, ne cultiverait le sol, et tout le monde se déplacerait à pied, à poil, crevant de fin à s'en bouffer les ongles. Joli tableau. Les artistes sont des parasites, ils ont leur place dans l'écosystème social, certes, mais point trop n'en faut. Ce monsieur Raphaël fait partie des acariens à antibactériser, c'est triste à dire, limite fasciste, mais c'est comme ça. On défend comme on peut son bout de moquette.
A la relecture, ça tient de l'exécution, ce petit réquisitoire. L'on pourrait même en conclure que la prétention n'est pas loin. L'on en conclurait mal. Je n'ai aucun mépris pour ce pauvre monsieur Raphaël, Ferdinand de son pseudo, au contraire. Cette phrase de Chateaubriand m'a frappé récemment : "il ne faut pas dilapider son mépris, vu le nombre de nécessiteux". Eh bien, René, je pense exactement comme toi, vieux. Je dispense mon mépris à petites parts égales à tout le monde, juste assez pour me sentir infiniment supérieur sans sombrer dans l'imbuvabilité, juste assez pour garder au fond de moi cet immense amour du prochain qui me caractérise si bien, cette solide confiance en l'Humanité, cette absolue et universelle tendresse inventive.
Et merde à ceux qui ne croient pas une seconde à ce que je viens d'écrire.
2005/03/13
Rien ne vaut un bon upman après une harrassante nuit de ski rue d'Auteuil. Ce genre de plaisirs qui tiennent autant à leur satisfaction qu'à leur formulation. Mais réveil absolument atroce, fractures ouvertes résolument symétriques sur mes deux tibias (gageons qu'en cas de troisième, il n'aurait pas dérogé à la règle).
Croisé Jules-Edouard Leclerc carrefour de l'Odéon.
Pas de printemps pour bibi : mal au foie, gueule de clochard. Clochard, peut-être, mais je ne dors pas sous n'importe quel pont, moi, madame.
Dîner de couples hier au soir. Tout va par deux et tourne en rond. Mieux vaut être seul que mal accompagné. Personnellement, je suis merveilleusement accompagné par une demi-douzaine de groopies (sauvignon, bière, muscat, chivas, saint émilion) qui ont l'avantage non négligeable de ne pas me coûter très cher en vestiaire.
Vu the life aquatic with Steve Zissou. Et dieu créa un film à mon image : dépressif, fétichiste, irrésistiblement drôle.
Eructé mon cafard à une heure avancée de la matinée à je ne sais plus exactement qui au téléphone.
Aucune mais aucune envie de conjuguer mes verbes.
Fuck.
C'est tout, je crois.
Ah si, projeté des techniques d'approche vers ma cafetière et lu un peu de Musil (le chapitre sur le sens de l'Histoire, en beaucoup plus marrant qu'Hegel, ce qui n'est pas chose aisée).
Tiens, je vais mater un petit Bunuel, ça va me détendre.
2005/03/09
Je me rends compte à l'instant que je n'ai aucune idée de ce qu'a bien pu écrire Leibniz. Ni de quel genre de type c'était. Ni de ce qu'il mangeait au petit déjeuner (sucré? salé?), ni de rien.
Cette perspective me trouble.
De tout un tas de philosophes, je n'ai d'ailleurs de connaissance que superficielle. Qu'on me dise Kant, je vous répondrais promenade, Descartes, bougie, Heidegger, nazi, Diogène, masturbation, Aristote, catharsis (je connais mon latin), Nietzsche, peigne à moustache, Bergson, mécanique, et Spinoza, pardon?. Je pourrais même me risquer à quelques petites blagues cuniculicoles qui n'engagent à rien du genre "allégorie de la garenne" ou "le lièvre attend", ça fait toujours son petit effet et vous classe incontinent dans la catégorie des mecs qui s'y connaissent tellement qu'ils se permettent un peu d'humour avec leur panthéon. C'est lamentable et c'est comme ça.
Mais Leibniz, rien. Leibniz, c'est limite si je ne pense pas à des saucisses de Francfort sous vide, ou à de la soupe pré-cuisinée. C'est qui ça, Leibniz ? Sûrement un mec très fort parce que K. en est fou (enfin, il est fou de Bergson, de De La Soul et de J., aussi, ça relativise), sûrement un mec qui a écrit de chouettes bouquins sur de chouettes sujets (Cosmos, éthique et lotions anti-pelliculaires), un mec qui en impose, quoi, vu qu'il a fait la couverture du Magazine Littéraire, une fois. Il doit y avoir des colloques sur ce type quelque part au Japon, et sans doute le cite-t-on fréquemment dans les cessions du Collège International. Sans doute qu'il a sa tombe sur une falaise, dans quelque sous-préfecture d'Autriche-Hongrie, que les gens viennent visiter en même temps que son Couvent des Charmettes à lui où les touristes achètent des tee-shirts avec son portrait dessus et laissent des petits mots dans le livre d'or du genre "j'aime beaucoup ce que vous faîtes, monsieur Leibniz".
Mais bon, moi je le connais pas. Je ne sais pas pourquoi j'y pense maintenant. Enfin, si, je sais. C'est parce que j'y ai pensé dimanche soir, au salon Borghese du Lutetia. Le pianiste jouait, à notre demande, In a sentimental mood, nous claquions nos maigres pécules avec l'avidité d'un ouvrier des chemins de fer irlandais en fin de mois, nous nous sentions immensément puissants dans nos fauteuils clubs, nous persuadant (mais en est-il besoin?) mutuellement de nos génies respectifs, et pam, ce fut la déconfiture la plus atroce, un éclair dans mon esprit, la foudre : mais qui donc était ce connard de Leibniz ? Je gardais cette étrange interrogation pour moi mais mon omniscience en avait pris un coup. Qui était ce fils de pute de mangeur de chou ? Je ne sais pas non plus pourquoi j'y ai pensé sur le coup donc ça ne nous avance pas plus que ça, en fait. C'était juste pour dire que j'avais flambé au Lutetia. Ridicule.
A part Leibniz, ma vie avance à pas de géant : j'apprends à être créditeur (presque cent euros, c'est une première), à compter sur la générosité d'autrui pour déjeuner, à regarder d'un bout à l'autre une émission de télé-réalité, à faire semblant de n'avoir pas entendu des messes basses blessantes à mon encontre, à gérer ma dépression nerveuse.
Non, vraiment, à part Leibniz, tout va bien. Je réécoute même mon vieil Art Tatum.
Juste un truc qui me tarabuste : quelqu'un sait qui est ce type, là, Hume ?
2005/03/06
Les retours de congé étant les retours de congé, je ne m'appesantirais pas sur mes déboires périphériques, encore moins sur cet exceptionnel début de mois de mars qui ferait passer décembre pour un mois à pastis, et ne comptez pas sur moi pour vous décrire un niveau de ski, inénarrable bien qu'absolument comique, qui me valut, une semaine entière, les quolibets les plus cruels. Humiliation suprême sur téléski polaire due à ce nain de l'ESF, 8 années au compteur et chamois d'or à la boutonnière, osant (l'imbécile !) se gausser de ma troisième étoile... Qu'il soit maudit.
Me revoilà donc tanné comme un sac-à-main, bronzage nasalo-sélectif (ce bon docteur Maboule mériterait un putain de procès pour abandon de paternité), cassé en deux par une étrange conspiration de connifères contre mon dos, barbu, plein d'entrain, d'espoirs et de courbatures. Voyez le genre ?
Et puis les bonnes intentions, dont l'enfer est bétonné : tenir ce journal avec une certaine régularité, retrouver un rythme de vie équilibré, contacter un psychanalyste, faire du sport, balayer de vieilles obsessions, devenir riche, changer de coupe de cheveux, déjeuner dans les temps, balayer de vieilles obsessions, réécrire mon polar (un gamin de douze ans aurait fait mieux, et pourtant, il y a de l'idée), devenir quelqu'un de NORMAL. Beaucoup pour un seul homme, mais bon.
A partir de demain, donc. Parce qu'aujourd'hui, c'est dimanche.
